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LEMMING

En aparté, quand vous établissez une note sur 20six après la migration, vous avez en entête une jeune fille qui saute d'une dune. Mais comme elle a les pieds dans un floutage blanc, on finit par se demander si elle ne finit pas par ce jeter dans le vide après avoir essayé les nouvelles fonctionnalités d'après migration. Quand vous modifiez une note, vous revenez immédiatement sur... "suppression" sans demande de confirmation en prime, validez par erreur et hop... Vouloir rester ici tient du masochisme, donc voici une ancienne note du 25/05/2005 effacée promptement grâce au "pachydermisme" de 20six... Le grand progrès chez 20six c'est que l'on peut facilement supprimer la totalité du blog., à croire qu'ils ne veulent plus héberger personne...

 Suicidez-vous... le peuple est mort...

Pour lire le texte, cliquez ici.

25.5.05 14:57


SHADOWING THE THIRD MAN

 Passionnant article FIGARO, sur le témoignage de Guy Hamilton, histoire de tordre le cou à la pseudo-participation à la réalisation d'Orson Welles - qui joue le célèbre Harry Lime - sur le plateau du "Troisième homme". Rendons à Carol Reed...

FESTIVAL DE CANNES MÉMOIRE DU CINÉMA

Guy Hamilton dans l'ombre du «Troisième Homme»
Retour sur un classique : en 1949, le réalisateur britannique Carol Reed tourne à Vienne Le Troisième Homme. Coup de projecteur sur son premier assistant, Guy Hamilton, le futur réalisateur de Goldfinger ou La Bataille d'Angleterre, qui se souvient de ce tournage mouvementé et participe au documentaire inédit, Shadowing the Third Man (qui sort au cinéma avec Le Troisième Homme, le 25 mai avant d'être édité en DVD collector le 6 juin). Arrêt sur image : de passage à Cannes, le réalisateur évoque ce moment fort de sa carrière débutante.

«Né à Paris, j'y ai vécu jusqu'à l'âge de 8 ans. Alors que mes parents me destinaient à une carrière diplomatique, je suis tombé amoureux du cinéma dès l'âge de 12 ans. A 17 ans, j'ai fait mes premiers stages dans les studios de la Victorine, à Nice, avec Julien Duvivier.» Peu après, en 1939, il rejoint déjà Cannes pour y être évacué avec la colonie anglaise. Après avoir servi cinq ans dans la marine, le voilà premier assistant du grand réalisateur Carol Reed qu'il considère comme un père. Une grande aventure commence quand l'écrivain Graham Greene leur raconte l'histoire du Troisième Homme et la duplicité de son héros Harry Lime. L'action devrait se dérouler à Londres, mais le producteur Alexandre Korda leur dit : «Pourquoi pas Vienne ?»

«A l'époque, se souvient Guy Hamilton, on ne pouvait pas faire circuler l'argent et Korda avait des capitaux en Autriche. Pour la première fois, on allait tourner l'essentiel d'un film en extérieur. La plupart des scènes étaient filmées de nuit. Mais, pour l'équilibre du travail, il y avait trois équipes de tournage, une pour la nuit, une pour le jour et une dernière pour les scènes tournées dans les égouts. Souvent, les acteurs ne dormaient que quatre heures...»

Entre la poursuite souterraine, le face-à-face dans la grande roue du Prater et le final dans le cimetière, le réalisateur se rappelle avoir doublé Orson Welles pour faire son ombre projetée sur un mur. Il courait en faisant du surplace entre un mur et un projecteur. Il se remémore aussi le travail remarquable du grand chef opérateur Robert Krasker ou les rapports difficiles entre le producteur dictatorial David 0. Selznick, qui avait sous contrat Joseph Cotten et Alida Valli, et Alexandre Korda. Quant au «monstre» Orson Welles, à qui on a souvent attribué à tort la force et le succès du film, il le voit comme un «magnifique cabotin très professionnel. Il voulait surtout avoir de l'argent pour réaliser ses propres films. Mais il n'a réellement tourné que deux semaines à Vienne et une seule en studio. Après la mort de Carol Reed, j'ai voulu défendre sa mémoire et le réhabiliter en remettant les choses à leur place. Il a bien été le seul réalisateur et créateur de ce film mythique».

Si la superbe et hiératique Alida Valli trouve grâce à ses yeux – «Elle était magnifique et très gentille» –, Joseph Cotten lui laisse un souvenir plus mitigé : «Curieusement, il n'aimait pas le film. Il était dépaysé en Autriche et il se plaignait tout le temps, d'autant qu'il avait des problèmes conjugaux, sa femme avait tenté de se suicider.» Et il est plus lapidaire pour Trevor Howard : «Il fallait qu'il travaille. Autrement, il buvait.»

Enfin, il ne peut pas oublier le musicien qui a composé et joué la musique légendaire qui enveloppe toute cette aventure viennoise. «A une soirée offerte par la femme du producteur, Carol Reed entend Anton Karas jouer de la cithare. Le lendemain, il téléphone pour savoir son nom et le retrouver. Il jouait dans les guinguettes viennoises et était inconnu. Alors qu'on lui proposait un joueur de cithare plus professionnel, Reed a refusé et exigé qu'il soit le seul musicien du film. Karas ne parlait pas un mot d'anglais et ne savait pas lire la musique. Il l'a donc installé chez lui et chaque soir il lui passait des bobines tournées et lui demandait d'improviser.» Ainsi naquit l'une des plus célèbres musiques de film, qui grâce à Carol Reed fit la fortune d'un modeste joueur de cithare et fut fredonnée dans le monde entier.D. B.

Shadowing the Third Man, de Frederick Baker, sortie en salle le 25 mai

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Également, LE MONDE par Florence Colombani - Article paru dans l'édition du 20.05.05

Compte rendu
"C'est vrai qu'Orson Welles n'était pas facile"
LE MONDE | 19.05.05 | 13h17  •  Mis à jour le 20.05.05 | 16h20

En marge de l'effervescence de la compétition, la section Cannes Classics fait chaque année le bonheur des festivaliers avec ses projections quotidiennes de chefs-d'oeuvre restaurés et ses documentaires inédits sur l'histoire du cinéma. Pour accompagner Shadowing the Third Man (un film de Frederic Baker sur Le Troisième Homme, de Carol Reed - 1949 -), Guy Hamilton était ces jours-ci de passage à Cannes. Ce Britannique élégant qui réalisa trois James Bond était à l'époque l'assistant de Carol Reed.

"Graham Greene et Reed étaient très complices. Graham aimait avoir quelqu'un pour pécher avec lui, se souvient-il. Ensuite, en bon catholique, il allait se confesser : "Je suis allé dans une boîte de strip-tease, mon père."" Le célèbre écrivain a un jour une idée de thriller : "Un homme censé être mort réapparaît, sous les yeux d'un de ses amis, sur le Strand, à Londres." Exposant l'idée au producteur Alexander Korda, les deux compères s'entendent répondre : "Pourquoi le Strand ? Pourquoi pas Vienne ?" Korda a des avoirs gelés en Autriche et peut les débloquer en tournant un film sur place. Ce sera donc Vienne, une ville encore dévastée par la guerre en cette année 1948.

La production se complique avec l'entrée en scène de David O. Selznick. L'Américain prête deux de ses stars sous contrat, Joseph Cotten et Alida Valli, pour les rôles principaux. La confrontation entre Greene et Selznick est houleuse : "Selznick vivait sans dormir, grâce à sa drogue favorite, la Benzédrine. Je précise que tout le monde en prenait à l'époque, y compris notre équipe, pour survivre aux nuits glacées de Vienne." Selznick est survolté : "Il parlait des heures pour dire des absurdités, du genre : "Cotten ne doit jamais porter de chaussettes vertes." Un jour, Graham s'est carrément endormi dans son bureau."

Pour le rôle devenu mythique d'Harry Lime, les producteurs songent à Cary Grant, puis à Noel Coward. Mais Carol Reed a une idée fixe : Orson Welles, "que Selznick considérait comme un poison du box-office".

MEUBLER L'ATTENTE

L'homme n'est pas des plus simples : "Orson se promenait dans le monde entier, en laissant des dettes énormes derrière lui. Alors qu'il aurait dû être à Vienne pour le tournage, il se la coulait douce dans un hôtel, en Italie." Un assistant mis à ses trousses le retrouve, mais il faut meubler l'attente. L'équipe du Troisième Homme déploie alors des trésors d'imagination : "La fameuse ombre projetée sur les murs de Vienne, l'image la plus célèbre du film ? Eh bien, nous devions tourner avec Orson, mais il n'était toujours pas là. Nous avons mis un chapeau et un manteau à un figurant, et filmé son ombre un peu partout." Luttant contre une légende tenace, Guy Hamilton tient à souligner que, "une fois arrivé à Vienne, Welles ne s'est jamais mêlé de la mise en scène. Il a juste écrit une réplique, celle du coucou", où est expliquée la différence entre l'Italie, pays corrompu qui a produit Michel-Ange, et la Suisse, où des siècles de probité ont donné le coucou.

Pince-sans-rire, Hamilton poursuit : "Même un singe aurait été excellent dans le rôle d'Harry Lime. On parle de lui pendant tout le film, on croit qu'il est mort. Quand il apparaît, il ne peut que faire un effet monstre." Un peu de rancune, peut-être ? "C'est vrai qu'Orson n'était pas facile. A sa première scène dans les égouts, il a fait une crise. Nous, nous adorions tourner dans les égouts. Au moins, il y faisait chaud, et peu nous importait, après des semaines dans cette ville glaciale et si pauvre, si des rats gros comme des lapins nous frôlaient les jambes." A évoquer tout cela, les égouts de Vienne dans l'après-guerre misérable et la beauté juvénile d'Alida Valli, le regard de Guy Hamilton s'embue de nostalgie : "C'était un tournage de fous, mais quel film !"

DVD Le Troisième Homme, avec en bonus Shadowing the Third Man. A paraître chez Studio Canal le 6 juin.

17.5.05 08:30


VANITES, VANITES

 Cette nouvelle adapatation de la "Foire aux vanités" de William Makepeace Thackeray, titrée ici "Vanity Fair", signée par Mira Nair se voit sans déplaisir, mais accuse un académisme certain et une simplification au détriment des personnages. Renee Whiterspoon - même si elle a du talent - semble être un peu un "miscasting", son sempiternel demi-sourire devant montrer son arrivisme. Reste bon nombre d'excellents comédiens anglais, dont Bob Hoskins en noble décavé, Rhys Ifans en amoureux transi, ou Jim Broadbent en beau-père suffisant.

Le film parvient parfois à trouver un souffle, et la description des conventions est plutôt juste. La mise en scène louche un peu sur "Barry Lindon" autre adaptation célèbre de l'oeuvre de Makepace Thackeray.

Petite surprise en cherchant les précédentes versions de "Vanity fair", je tombe sur une critique d'un internaute surnommé "Laneyear", sur Allôciné : Il précise sur la version de Rouben Mamoulian, avec Miriam Hopkins :  "...dont une, en 1935, marque le début des films longs-métrages par la version trichrome du procédé Technicolor inventé par le Dr Kalmus". Conquis de voir de belles critiques et une grande érudition, je cherche d'autres informations sur lui via "Google", et surprise ce n'est autre qu'André Ruellan, critique et scénariste de Jean-Pierre Mocky et Alain Jessua. Vous pouvez retrouver ces textes, via Allôciné

 Plus singulier et sur un thème finalement similaire, je vois en avant-première : "Le crime farpait", ou comment trouver sa place dans une société ou l'on n'est pas admise, Lourdes - étonnante Mónica Cervera - est une sorte de petite cousine de la Becky Sharp de "Vanity Fair".

L'exposition du célibataire vendeur arriviste est bien observée, Guillermo Toledo est étonnant de machisme et de suffisance, alors qu'il jouait un rôle diamétralement opposé dans "Seres queridos" - "Tellement proche" où il jouait un Palestinien introverti et dépassé par les événements.

 Le trio infernal : Cervera / De la Iglesia / Toledo

Alex de la Iglesia a un parcours des plus étonnant depuis "Action mutante", il nous régale à nouveau avec ce jeu de massacre, où mine de rien l'on dénonce la dictature des apparences. Les autres comédiens, ont des "trognes" digne d'un film de Mocky, même si le film s'égare parfois un peu dans la démesure, on rit énormément. Son traitement décalé - choix des musiques et topologie du grand magasin - est jubilatoire. On peut voir en Alex de la Iglesia, un petit cousin de Luis Buñuel, influence notable, à l'image des rires paranoïaques, citation de "El".

10.5.05 00:38


EUROPACORPS'S TOUCH

 On "les" imagine bien, sortis du film de Robert Altman, "The player" rédiger sur le cahier "décharge", les éléments de la recette élaborée par Luc Besson - responsable d'"Europacorps" -. Grangé + Reno (on lui fait du sur-mesure de préférence, et l'on rajoute Christian Clavier pour les dialogues) + Olivier Martinez pour un film mi-fantastique, mi-polar réaliste. Martinez les lâche, on prend Jocelyn Quivrin, à la mode depuis "Rastignac" à la TV, quoiqu'un peu raide, il est crédible en flic déjà blasé. On trouve des méchants bien caricaturaux (limite xénophobes ?, ici en victime désignées les Turcs), des pourris officiels, on prend un cinéaste de talent - ici Chris Nahon -, un budget conséquent et on noie le tout dans une bande-son assourdissante et assommante histoire de faire illusion.

Il y a une empreinte "Besson" dans le cinéma français assez pesante finalement pour le spectateur. Ici, on "bladerunnise". L'étiquette "Gaumont" ici est un leurre, Luc Besson a bien mis de l'argent dans ce film avec "Les films du Dauphin". On retrouve plein d'influences, ici Vincent Grass en Turc caricatural blessé comme Roland Blanche dans "Nikita", le toujours excellent Philippe du Janerand, qui est de ses acteurs fétiches, il joue un coroner,-  mais au moins il ne fait pas de choses insolites comme manger une ratatouille ou danser des claquettes, cliché habituel de ce type de film -.

Le pire c'est le traitement des comédiens, Arly Jover, dont le jeu nerveux éveille un peu l'intérêt du film, mais elle est doublée par Julie Gayet, ce qui donne un décalage à sa prestation. Les autres comédiens ne sont pris que pour leurs physiques repérables, et donc aidant à l'histoire. Outre Vernon Dobtcheff, cité ici même vendredi dernier, on retrouve, Didier Sauvegrain - dont l'actuel emploi est d'être en blouse blanche -, Albert Dray en lieutenant laxiste, Étienne Chicot, éternel flic haut placé ou le trop rare Patrick Floersheim en haut fonctionnaire inquiétant - ne pas manquer son portrait dans SecondsCouteaux.com -. Pas grand chose à se mettre sous la dent.

On s'amuse par contre à reconnaître Emmanuelle Escourou, en improbable pythie turque, ancienne héroïne du culte "Baby Blood" d'Alain Robak. La lumineuse Laura Morante apporte un peu d'humanité dans un rôle bien stéréotypé. Il y a de beaux moments épars d'angoisses ou de suspense. Chris Nahon a dû penser amener quelques touches,= dans ce film de commande. Souhaitons-lui un projet plus personnel.

 Il y a peu près les mêmes ingrédients dans "Breaking news" - dénonciation assez vaine ici des médias, des figures plus que des rôles -. Cependant outre le grand talent de Johnnie To, il y a ici une absence de prétention, et d'explications à tout prix. La topographie de la ville existe, outre le désormais célèbre long plan-séquence du début, il y a une installation des plans dans la durée, des personnages amusés - le flic ayant des problèmes de gaz, ou le gamin pas du tout impressionné par les truands du film -. Le spectacle est étonnant, et le spectateur est ravi. L'influence est ici plus Jean-Pierre Melville que Luc Besson, et le renouvellement est constant...

8.5.05 23:11


L'INTRUS

 Ce film est une proposition radicale, inconfortable, qui prend et laisse à la fois, mais qui confirme que Claire Denis est une de nos plus grandes réalisatrices. Il n'y a pas ici une narration linéaire, l'imaginaire du spectateur est sans cesse sollicité. C'est une oeuvre très forte et picturale, on est ballotté entre l'envie de comprendre l'histoire et un abandon à ses émotions, ses sensations... C'est un film qui peut aisément laisser à la porte, ou comme moi enivrer comme un alcool trop fort.

Il est rare de retrouver une oeuvre qui destabillise autant, irrite et fascine à la fois. L'écueil du film provient du choix d'une intrigue pseudo-policière, alors que l'on suit plus volontiers Claire Denis, dans une histoire plus ténue, comme dans "Vendredi soir". La musique de Stuart Staples et la magnifique photographie d'Agnès Godard, nous installe un climat singulier. La troisième partie du film à Tahiti me paraît cependant plus faible. Il vaut mieux privilégier la vision de ce film en salles, plutôt qu'à sa vision en avant-première sur Arte.

 

Katia Golubeva

Les "réguliers" de la troupe de Claire Denis nous place en terrain connu, Katia Golubeva, en mystérieuse femme russe, Grégoire Colin - filmé au plus près du corps comme dans "Nénette et Boni" -, en père perdu, Béatrice Dalle, très crédible en éleveuse de chiens - nommée "La reine de l'hemisphère nord" ! au générique de fin -, Alex Descas en prêtre ou Florence Loiret-Caille en douanière en attente.

Mais le film s'ancre sur la force et l'opacité du personnage de Louis Trébor, endossé par la très forte présence de Michel Subor. Il porte le film, le récit s'organise autour de lui, pouvant venir du délire ou de la réalité de son personnage venant de subir une transplantation cardiaque. L'utilisation des images tirées  du film de Paul Gégauff "Le reflus" (1965) est judicieuse pour la compréhension du film.  On y retrouve d'ailleurs le regretté Serge Marquand. Dans l'excentrisme, le magnat de la presse dans "La fidélitè" d'Andrzej Zulawski, comme dans la retenue chez Philippe Garrel ou Gérard Blain, Michel Subor reste une des figures les plus singulière du cinéma français.

Pour info, l'article du Monde :

 Portrait
Michel Subor, "Petit Soldat" pour Godard, n'a jamais pu se résoudre au mercenariat
LE MONDE | 03.05.05 | 13h42 par Jacques Mandelbaum
Article paru dans l'édition du 04.05.05


Pour les cinéphiles, Michel Subor restera sans doute à jamais l'acteur du Petit Soldat de Jean-Luc Godard. Pour le reste de l'humanité, son sort doit être plus ou moins enviable selon les générations. Il n'en est pas moins un des plus grands acteurs du cinéma français.

Cette évidence ­ mesurable à la condensation thermique d'un écran exposé à sa présence ­ surprendra peut-être au regard d'une carrière erratique, qui semble ne pas rendre justice à ce talent béni des dieux.

A l'image du film de Claire Denis, le parcours cinématographique de Subor, tout en glorieux pointillé, en acquiert une charge mythologique d'autant plus impressionnante. Elle fait de lui, selon l'expression consacrée, un grand fauve, un de ceux ­ ceci expliquant peut-être cela ­ qui n'aura jamais consenti à se laisser enfermer dans une cage dorée ou à capitaliser, en gros matou matois, sur une sauvagerie défunte. On en connaît, hélas.

Subor, c'est autre chose. Aussi inquiétant à la scène qu'affable à la ville. Bloc de granit ici, du genre à vous terroriser une salle d'un regard, infinie courtoisie là, tenue et bonne humeur de rigueur. De ce hiatus apparent, on a très vite le fin mot : la couche de sociabilité est un véritable tir de barrage, en réalité rien ne passe d'une intimité qu'il se refuse à livrer. Pudeur extrême, secret maximal, mystère incarné. Mais toujours avec les formes, façon trou de mémoire, dégagement en touche, embrayage inopiné sur une bonne anecdote. Au final, l'homme s'avère aussi irréductible côté jardin que côté cour, un roman d'espionnage à lui tout seul.

La conspiration commence en 1937 en France, sous le patronyme de Subotzki. Parents russes, antibolcheviques, émigrés en France quelques années plus tôt. Un père moscovite et ingénieur, une mère originaire d'Azerbaïdjan, une soeur installée aujourd'hui aux Etats-Unis. Et puis ? Ceci : "Vous savez, les parents, ça prend toujours le train en marche. Moi, ma vie a toujours été celle d'un chien errant. Ma seule vraie formation, c'est celle de l'école républicaine, quelque chose qui fait que même quand vous croyez que vous n'êtes pas français, vous l'êtes quand même. Ce carcan me gênait un peu."

Traduisons. L'art de vivre selon Michel Subotzki, c'est avant tout l'art du jeu et du mouvement. Changer de place, découvrir d'autres mondes, n'être jamais là où on l'attend. La diplomatie le tente, il sera comédien. Godard le repère au théâtre, dans Les Séquestrés d'Altona. Il lui fait passer des bouts d'essai en utilisant des chutes de Tirez sur le pianiste de François Truffaut. Le personnage de François Forestier, pour lui, ressemble à Godard : "marginal, solitaire, indépendant" . Comme lui ? Sans doute, mais il ne le dit pas. Le film, qui cultive l'art de la provocation et de la malséance, est interdit durant deux ans : on est en pleine guerre d'Algérie.

Ce délai ­ le film ne sortira qu'en 1963 ­ inaugure pour Michel Subor une carrière marquée du sceau de l'incomplétude. A l'image du film de Paul Gégauff, Le Reflux (1965), adaptation d'une nouvelle de Stevenson dont le producteur n'a pas acquis les droits et qu'il laisse inachevée en s'installant en Espagne pour y monter une friterie (Claire Denis insère des extraits de ce film, qui se déroule à Tahiti, dans L'Intrus).

A l'image encore de cette rencontre manquée avec Elia Kazan sur America, America, dont le rôle principal lui a échappé de peu. Il tourne cependant, avec Vadim (La Bride sur le cou, 1961), Hitchcock (L'Etau, 1969), Jean-Louis Bertucelli (L'Imprécateur, 1977) ou Gérard Blain (Le Rebelle, 1980). Mais il avoue être "incapable de se forcer" , faisant au passage un sort "aux innombrables faiseurs de publicité qui salissent ce métier" .

Aucun de ces films ne lui offrira un rôle aussi propice, ambigu, fascinant que celui du Petit Soldat. Subor rêve de la Méthode, de Stanislavsky, de rôles physiques que le cinéma français peine à lui offrir. Il voile ses regrets : "Si c'était à refaire, je le referais sans doute autrement. En plus agressif. Moi, j'ai un peu survolé tout ça. C'est un métier où il faut être pugnace, sans jamais oublier l'élégance. C'est ça qui est très difficile." Depuis peu, il avoue, comme spectateur, un retour de flamme pour le cinéma ("Les Asiatiques surtout" ), qui le lui rend, finalement : Ses récentes apparitions dans Ainsi soit-il de Gérard Blain (1999), Beau travail de Claire Denis (1999), Sauvage innocence de Philippe Garrel (2000) sont saisissantes. Elles semblent oeuvrer à la résurrection d'un mythe.

Claire Denis ne filme rien d'autre que cela dans L'Intrus, elle qui se souvient avoir été fascinée par le Bruno Forestier du Petit Soldat : "C'est un personnage qui semble fatigué d'être jeune, qui a le charme de la jeunesse et en même temps, déjà, la lassitude et le désenchantement. J'avais l'impression que cette fatigue ne venait pas seulement du personnage mais de Michel. Ça m'a beaucoup séduite. Quand on s'est rencontré sur Beau travail, quarante ans plus tard, ça a été un choc. Il venait avec ce passé, encore imprégné du rôle de Bruno Forestier, dont il se rappelait par coeur chaque réplique. Mais j'aurais du mal à en dire davantage : Michel est un type secret, toujours sur le qui-vive, qui a horreur de dépendre des autres et qui donne parfois l'impression d'avoir envie de se fuir. Sur le plateau de L'Intrus, il a captivé tout le monde, mais personne n'a voulu percer son mystère. Michel Subor n'est pas le personnage de L'Intrus, il est L'Intrus."

7.5.05 09:47


ANTHONY ZIMMER

 Ah, le sacerdoce du critique ! J'imagine la personne se dire "le film est cousu de gros fil blanc", on va se dévouer, faire allusion à une nouvelle célèbre, chef d'oeuvre de la littérature, comme ça le gentil lecteur ne se fatiguera pas à chercher à découvrir le pot aux roses ! Merci gentil critique, mais je préfère découvrir l'énigme par moi même en général, mais ton allusion a été utile, j'ai compris tout de suite ! Il ne faut pas m'en vouloir, je ne vais pas te citer, je me méfie de ton côté sadique inavoué, petit faible de la critique ou des débatteurs radios, qui ne peuvent pas s'empêcher de tout raconter. J'ai malgré tout apprécié le film, les coutures de ton fil blanc sont solides et on ne s'ennuie pas.

 Dès la première scène du train, la mise en scène fluide de Jérôme Salle s'affirme, la rencontre Chiara - Sophie Marceau radieuse comme jamais - et François - Yvan Attal, très impliqué - fonctionne. Le film louche sur l'oeuvre du grand Hitch, le ponton après la baignade pouvant faire penser à "La main au collet" par exemple. Sami Frey est étonnant en enquêteur - le temps semble l'avoir oublié - il donne une consistance et un charisme à son personnage rigide, distant avec ses hommes de main -Gilles Lellouche, notamment -. Je vous passe les commentaires de la gente féminine sur lui après le film... Sami Frey est le cauchemar de l'homme médiocre... Daniel Olbrychski est moins gâté dans un rôle plus monolithique.

 Samir Guesmi

Thomas Sotinel dans "Le monde" cite "l'apparition d'un flic empoté et sympathique que joue Samir Guesmi". C'est donc une nouvelle occasion d'affirmer le talent de ce comédien. Il joue le Lieutenant Driss et dès son entrée dans le film, son personnage existe. Venant chercher des bouteilles dans un commissariat, son regard s'attarde sur Yvan Attal, abandonné à son triste sort. Il doit y avoir un "pot" de départ ou une fête organisée, mais l'humanité du Lieutenant est plus forte. Guesmi s'arrête et fait immédiatement preuve de compréhension et de sollicitude à son égard, n'hésitant pas à s'impliquer au-delà de son travail en donnant sa carte ... Il apporte une touche de sincérité et de drôlerie dans un mécanisme huilé.

Depuis "Malik le maudit" un premier rôle, il promène sa haute silhouette, et fait partie définitivement dans la catégorie des indispensables. Il se renouvelle toujours, à l'aise dans l'absurde "Akoibon", comme dans le réalisme social "Violence des échanges en milieu tempéré".

5.5.05 09:34


ADIEU BLAIREAU

  Ce film, tourné en 1984, repose sur Philippe Léotard, corps souffrant à la dérive, dans un rôle où ne l'attendait que trop. Il nous embarque dans sa folie, surpris par la nuit dans ses vapeurs d'alcool et se révoltant contre ses bourreaux. Il faut se souvenir combien c'était grand comédien, il monologue, part au "casse-pipe" le sourire désabusé aux lèvres. Il joue un comédien raté obligé de devenir "porte-flingue" en raison de dettes de jeu, c'est méchamment classique...

Les néons bleutés, se voulant stylisés ne font que renforcer le côté décidément "coup de vieux" des années 80, Philippe Léotard monologue dans les rues, "artistises", vit son chagrin d'amour d'avec BB -Juliette Binoche- comme un deuil. Son jeu est intense et "borderline"...

Malgré un certain maniérisme, Bob Decourt, ancre le film noir dans une sorte d'onirisme désabusé et peint avec empathie la triste "confrérie des paumés" selon une expression du film. Jacques Penot peaufine son jeu nerveux, Annie Girardot promène une mélancolie perdue et Juliette Binoche, déjà juste, semble préparer son rôle de Mona dans "Rendez-vous" .

Tout un petit monde interlope hante le film, Albert Dray, en copain sentencieux de Léotard, Hubert Deschamps en "barfly" vindicatif -scène très drôle- , Christian Marquand en "parrain" fatigué et malade, son comparse Yves Rénier, excellent en cynique avec petites lunettes et noeud pap, Amidou en commanditaire paternaliste, Ticky Holgado -alors nommé Tiky- dans son emploi d'alors de barman toulousain, Emmanuel Booz en amateur de football paumé, Serge Marquand en barman hagard et Pierre Arditi vient faire un petit tour... 

Je viens de mettre un peu d'ordre, sur la fiche IMDB en cours de validation. Il y a déjà des infos provenant de la saison cinématographique et d'un numéro de Ciné-Revue. Comme souvent, un internaute, en voyant "Poupée" comme nom au personnage d'Amidou, a corrigé son nom à tort en Souad Amidou, sa fille...

C'est un film attachant, ne serait-ce que par le jeu de son principal interprète. Il aura fallu attendre  vingt ans avant de retrouver Bob Decourt, au cinéma avec "Les gens heureux vivent en France".

2.5.05 22:52


LE COIN DU NANAR

 Comment au cinéma peut-on trouver des équivalences au style de Frédéric Dard ? On gardait le souvenir amusé des films de Guy Lefranc grâce à une sorte de "nostalge" des années 60 et au tandem Jean Richard & Gérard Barray + Paul Préboist irrésistible en Pinaud, et du film de Joël Séria. Mais l'adaptation de référence restait à faire.

Hélas la sauce ne prend pas du tout. Le film avait sur le papier tout pour plaire, et même la caution morale de Robert Hossein (qui joue le ministre de l'intérieur), mais même les bons mots de Dard ne semblent pas faire mouche, le film hésite entre l'énôôôrme (hélas pas assez, on regrette le regard d'un Mocky) et les scènes d'actions (ce qui ne semble pas le fort de Frédéric Auburtin) pour une histoire écrite sur du papier millimétré. Le tandem Lanvin (sobre) - Depardieu (qui semble se souvenir de son rôle d'Obélix) manque de complicité.

 

Nouvelle source d'inspiration pour Gérard Depardieu ?

On peut sauver, cependant,  l'interprétation jubilatoire de Michel Galabru, Eriq Ebouaney en comparse efficace, Michèle Bernier truculente Berthe, le trop rare Jean-Roger Milo (l'une des grandes injustice du notre cinéma national !) en scientifique amusé dans l'action, Jérémie Rénier inattendu, Cyrielle Clair en nymphomane, que son mari (Hubert Saint-Macary) recherche alors qu'elle est en train de faire une gâterie à San-Antonio. Les femmes ont souvent le beau rôle, la revenante Maryam d'Abo, Valeria Golino, Patachou (nommée Ruth Booz !), Barbara Schulz, Armelle (en hôtesse d’accueil) et Elisabeth Margoni en première dame, peu dupe des frasques de son mari. Il y a pourtant pas mal de sous employés, Barbara Schulz, Luis Régo, Henri Garcin en banquier suisse baffé en permanence, Jacques Spiesser (mieux servi dans "Je suis un assassin", André Thorent en vieux collaborateur, Tony Gaultier en chef de la sécurité, Wilfrid Bénaïche en cuistot en chef, etc... et même un académicien ! Jean-François Deniau dans une participation surprise.

La genèse de ce film semble avoir été difficile : Laurent Touil-Tartour qui avait l'accord de Frédéric Dard devait réaliser ce film, avec Gérard Depardieu dans le rôle de San-Antonio et Jean-Pierre Castaldi dans le rôle de Béru. Il reste à définir la responsabilité de son producteur Claude Berri le remplaçant par un de ses familiers, Frédéric Auburtin, sur ce film qui n'a pas trouvé son public…

19.4.05 08:53





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